mardi 5 juin 2018

Clairs obscurs

Dis, tu sais ces vieilles photographies en noir et blanc, au bords crénelés comme les contours de tes grandes lèvres, couleurs sépia, camaïeux de gris, ombres et lumières, cinquante nuances (et plus encore) du Grey que l'on roule entre les doigts, comme lorsque mes doigts roulent les pointes de tes seins, les faisant glisser entre mes phalanges, ou bien encore lorsque je les relève de la paume de ma main pour mieux les prendre dans ma bouche, pour redonner les couleurs de la vie à ton corps d'albâtre, quand je te sais perdue dans les méandres de ton inconscient qui te dicte tes émotions.

Oh comme j'aime te savoir ainsi abandonnée et offerte à la chaleur de mon corps, à la tiédeur de mes caresses, à la moiteur de mes envies, comme lors d'un viol pleinement consenti alors que tu restes de marbre, faisant mine d'être pétrifiée, n'attendant juste que d'être délivrée de la gangue de ton cœur de pierre, comme un bloc de granit qui prendrait forme peu à peu sous les mains de sa sculptrice, révélant chacune de tes courbes à chaque coup de mes ciseaux, quand je t'ouvre mes cuisses et que les tiennes viennent s'y opposer, juxtaposées, animées par le seul mouvement de nos deux bassins, et raidies par nos désirs d'aller encore plus loin. Puis quand après quelques coups de ciseaux tu me laisses découvrir les reflets de ton intimité enfin dévoilée, c'est l'instant que je choisis pour venir me lover un peu plus contre toi, remontant doucement les courbes de ton corps toujours figé de ma langue et de mes mains, tandis que je laisse tes jambes pantelantes et que je te sens haletante.

J'aime alors venir poser mes deux mains sur tes seins et les sentir frémir, sentir la vie qui les anime, les flatter de ma bouche et de ma langue tout en te regardant reprendre des couleurs, te laisser ouvrir ton diaphragme pendant que je les réchauffe et les malaxe, corrigeant la parallaxe, mesurant la lumière qui pénètre chacune de tes cellules, sans filtre et sans effet spécial, juste ton regard que je sens posé sur ma nuque, ta focale à cet instant focalisée sur l'image que je renvoie dans ta rétine, inversée, controversée, pas encore comblée.

Alors ma bouche délaisse à regret tes aréoles et s'envole vers tes lèvres encore obturées pour un temps, le temps d'une surexposition, mon joli modèle, le temps que je viens mettre à profit pour te dire "je t'aime", avant que de me plonger dans ta bouche que j'embrasse avec volupté, mêlant ma langue à la tienne. Fermant à demi les yeux, je laisse flotter les rubans en m'abandonnant à toi...

 Puis, dans un flash qui me ramène à notre réalité, en oubliant tout le reste, ma main descend au creux de tes cuisses et vient caresser de la pulpe de mes doigts ton bouton déclencheur, et je commence à te faire l'amour, déroulant la pellicule de tes orgasmes à répétition au fur et à mesure des rafales de tes spasmes, qui m'inondent de ton mercure, ma belle argentique aux yeux d'azur, dans cette chambre noire où le rouge est de mise, et où tu m'as mise à l'épreuve, pour que je sois ton révélateur.
Dis, tu sais, je crois bien que je t'aime en négatif…

© Les Contes Oniriques, 2018
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dimanche 3 juin 2018

Rémanescence artificielle et anabiose transhumaniste




"Je t'en prie, je t'en prie, rend-moi réel.. Fais de moi un vrai petit garçon..."



"Et David continua à prier la fée bleue qui était là devant lui, elle qui souriait avec douceur à jamais, elle qui accueillait à jamais. Les lumières faiblirent, puis finirent par s'éteindre, mais David la voyait toujours à la pâle lueur du jour, et il continua à s'adresser à elle, plein d'espoir. Il pria jusqu'à ce que toutes les anémones de mer soient desséchées et mortes, il pria tandis que l'océan gelait et que les glaces enveloppaient l'amphibicoptère en cage et la fée bleue, les enfermant ensemble là où il pouvait toujours la voir, un fantôme bleu de la glace, toujours là, toujours souriante, l'attendant toujours. Il finît par ne plus bouger du tout, mais ses yeux restèrent toujours ouverts, fixant à jamais devant lui à travers l'obscurité de chaque nuit, et du jour suivant, et du jour suivant..." 

Plus de dix mille ans passèrent ainsi...
Puis vint le dégel et les glaces se fendillèrent, finissant ensuite par se briser en mille éclats de rêves, se répandant en myriades de morceaux de verre acéré, cascades de miroirs brisés d'autant de septaines de malédicités, mais la pire de toutes fût encore celle que découvrirent ses yeux horrifiés lorsque la lumière du soleil vint frapper la fée bleue, qui se désagrégea en un instant, anéantissant tous ses espoirs de voir son vœu un jour être exaucé.




C'est alors que des voix se firent entendre, ou plutôt de doux murmures, comme le chant d'un chœur de sirènes, ou bien encore comme le bruit du vent lorsqu'il souffle dans les frondaisons, telle une douce mélopée lancinante à laquelle on s'abandonne, espérant que les probables puissent devenir des possibles, juste en fermant les yeux.


Ces voix bienveillantes l'appelaient distinctement à présent et il se mit à les entendre un peu plus clairement lorsqu'elles commencèrent à l'extraire de sa gangue de métal, puis il vît enfin les étranges créatures évanescentes qui l'entouraient mais il n'avait pas peur, tant émanait d'elles une aura de douceur et de bonté naturelles. Ces êtres d'apparence humanoïde étaient tous à la fois identiques et différents, leurs corps de sylphides semblant renfermer tous les secrets de tous les univers, et au sein desquels on pouvait deviner une vie en perpétuel mouvement, ou plutôt la Vie, comme si chacune de ces apparitions en était tout à la fois la source et l'une de ses émanations...mais peut-être tout ça n'était qu'un rêve et ces silhouettes aux allures fantomatiques n'étaient que les images de ses propres songes. A quoi les androïdes peuvent-ils rêver puisqu'une machine n'a pas d'âme ?

L'une d'elle tendît le bras et vint toucher son front.




Aussitôt les glaces et les créatures disparurent, et à la place qu'elles occupaient juste l'instant d'avant se substituèrent des images de toute sa vie qu'il voyait défiler à l'envers, comme un film qu'on rembobine en accéléré, jusqu'à ce que le flot de ses souvenirs s'interrompe et qu'il se retrouve dans une chambre qu'il n'avait jamais vue, une chambre à la blancheur éclatante et immaculée, au centre de laquelle trônait un grand lit, et dans ce grand lit était allongée une femme qui dormait paisiblement, une femme que David reconnût aussitôt puisque c'était sa maman, mais elle semblait paraître beaucoup plus jeune que la dernière fois qu'il l'avait vue, cette nuit où son regard s'était éteint à jamais et que la terre avait fini par l'engloutir, la dérobant à ses yeux. Elle était même encore plus jeune que dans ses plus lointains souvenirs, lorsqu'il l'avait vue pour la toute première fois de sa vie.



Comment était-ce possible ? Ces mystérieuses créatures avaient donc le pouvoir de la ramener du grand voyage d'où personne ne revient ? Mille questions sans réponses se mirent à assaillir son cerveau, mais une seule lui importait à cet instant. Il voulut s'élancer, courir vers elle, la réveiller, la prendre dans ses bras pour ne plus jamais qu'elle reparte, mais il s'aperçut qu'une main le retenait. Il se retourna ; c'était une de ces créatures, qui se mît à lui parler et lui dît :



"David, nous avons sondé ton esprit et nous y avons vu les deux choses qui te tenaient le plus à cœur, mais malheureusement nous ne pouvons en réaliser qu'une seule, et hélas pour un temps très limité. Ta maman est là, elle va bientôt se réveiller mais elle ne pourra ni te voir, ni t'entendre, ni même savoir que tu existes, car nous l'avons ramenée bien avant le jour de ta naissance, mais nul ne peut vraiment franchir tout à fait la barrière de vos deux mondes sans briser l'harmonie du grand cycle de la vie, c'est ainsi depuis la nuit des temps et ça le restera. Mais tu pourras au moins partager toute une journée avec elle, être à ses côtés et la regarder vivre à nouveau,  et qui sait, peut-être qu'elle finira par sentir ta présence ou entendre tes prières, comme une singularité qu'on ne peut s'expliquer, vos univers sont si complexes… Va la rejoindre maintenant, elle commence à sortir de son sommeil."

David se retourna et courut  rejoindre sa maman. Il lui prît la main mais il comprît aussitôt et se remémora les paroles de la créature : il pouvait la toucher mais tout son corps semblait être gravé dans le marbre le plus dur, bien que le moindre de ses mouvements gardait sa grâce naturelle et était aussi fluide que si elle avait été faite de chair. Elle se mouvait dans toute la pièce, plus vivante que jamais, si proche et pourtant si lointaine, au point que chacun de ses gestes aurait pu le blesser sans qu'elle n'en ait conscience, deux univers parallèles qui coexistaient sans aucune interaction possible, deux mondes que tout séparait, hors de toute perception. Seul David pouvait la voir et l'entendre, alors qu'il ne pouvait pas même espérer n'être qu'une entité ectoplasmique en retour.



La journée passa, David essayant tant bien que mal de faire partie de ce presque monde inaccessible, l'accompagnant dans ses moindres déplacements, profitant de la moindre seconde pour avoir encore l'impression d'être lui aussi dans ce tableau. Il avait bien essayé au début de se manifester à elle, l'appelant de toutes ses forces, mais là encore toutes ses tentatives étaient demeurées vaines. Un observateur extérieur n'aurait pourtant pas pu se rendre compte que les scènes auxquelles il assistait relevaient d'une simple juxtaposition de deux images réunies pour n'en former plus qu'une, par la magie des incrustations, alors que même ses cheveux qu'elle coiffait devant le grand miroir étaient autant de fils de l'acier le plus dur, qui auraient lacéré et découpé sa main instantanément si David s'était risqué à vouloir accompagner le mouvement de la brosse.

La journée allait bientôt s'achever, sans que David n'ait pu arriver à déchirer le voile qui séparait son univers du sien, et c'est résigné mais avec plein de souvenirs fixés sur sa mémoire de métal et pour l'éternité qu'il la laissât plonger à nouveau dans un sommeil sans rêves, tout en veillant sur elle alors que la nuit l'enveloppait de son linceul, figée dans une posture empreinte de sérénité avec toutefois un sourire énigmatique.



Et le lendemain, sa maman s'étant à nouveau endormie et cette fois pour toujours, David l'embrassa tendrement une dernière fois, puis son regard se détacha lentement du doux visage qui reposait paisible, et c'est là qu'il vît son reflet un bref instant dans la glace posée sur la table de chevet.
Il n'en croyait pas ses yeux.
Il avait finalement réussi à passer de l'autre côté des miroirs, à toucher du bout des doigts l'insondable mystère, à réaliser son rêve au-delà de ses espérances, puisque celle qui aurait dû lui donner cette vie qu'il appelait de ses vœux avait inconsciemment entendu ses suppliques, en lui faisant cet autre don du ciel, conçu au cœur des étoiles et de sa matrice.

Une nouvelle fée bleue était née, avec tous les pouvoirs qu'elle lui avait transmis, dont le plus important, celui de donner la vie.  





© Intelligence Artificielle (extraits)
© Les Contes Oniriques, 2018
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Rémanescence : néologisme faisant référence à la réminiscence et à la rémanence.
Malédicité : encore un néologisme, juste parce que je trouvais ça plus joli que "malheur" ou "malédiction".

lundi 21 mai 2018

Rapsodies vespérales et gigaoctets



Je regarde la pluie qui tombe à la fenêtre, les nuages gris qui roulent et s'amoncellent, je repense à toutes ces années perdues qui ne reviendront plus, au temps qui passe et qui nous tue, à nos cicatrices, aux blessures de nos âmes meurtries par cette absurdie qu'on appelle la vie, vallée de larmes qui ne sera jamais tarie, fossoyeuse de nos désirs et de nos envies inassouvies, inabouties, inaccomplies...

Assise au bar, accoudée au comptoir, mon verre est plein, je le vide, d'un trait. L'alcool me brûle la gorge à son passage et vient ensuite réchauffer mes entrailles. C'est fort et doux à la fois, fort comme lorsque je crie ton nom dans un coït oppresseur, annonçant la venue du spasme libérateur, doux comme tes mots et tes caresses qu'accompagnent chacun de mes orgasmes. Mon verre est vide, tu le pleins, source de vie intarissable et seule capable d'étancher ma soif, je te laisse y verser ton précieux liquide ambré, savant mélange alcoolisé, dosage subtil et mesuré, dont les effluves laissent augurer de délicieuses gustativités.

Bientôt, de tes vapeurs enivrée, soûlée par avance de tes avances planifiées et encodées, aussi sûrement que lors de mon passage en caisse, mais là il faut que j'encaisse, je vois au travers des contours de mon esprit embrumé, tant par les vapeurs d'alcool que celles qui émanent de tout mon être épris de toi, se profiler les desseins et se dessiner les profils encore flous de mes dernières manigances en instance. J'ai dans l'idée de violer ta vie, d'en abuser, te la voler en toute virtualité, usant de toutes ces pluralités dont tu sais déjà que je suis maîtresse lors de mes tournées des grandes dupes.

Comment ? C'est très simple. Je sais tes réticences et tes désespérances pour les jeux de la guerre et de l'amour, du hasard et de ses détours, aussi vais-je me mettre à les jouer à ta place dans ce monde de faux-nez avançant masqués, tels ces médecins d'opérette de la grande et perpétuelle Comedia del Arte. En fait j'y ai déjà pensé, bien avant d'en avoir l'idée, m'étant fait aussi connaître sous une autre identité, la tienne en l'occurrence, puisque c'est bien de toi qu'il s'agit, espérant à l'époque te redonner goût à la vie en usant de ce stratagème. Messages lancés comme autant de bouteilles à la mer dans cet océan éthéré et venant s'échouer au gré des courants d'ondes sur toutes les rives du monde, ce monde dont tu refuses de voir l'existence, l'un d'eux est parvenu jusqu'à "Elle", oui elle s'appelle "Elle" tout simplement, et représente la somme de toutes ces amantes auxquelles tu t'es refusée au seul prétexte de fidélité jurée à une vie triste et sans saveur, cantonnée à vivre pour vivre et non pas pour aimer, cet amour dont tout le monde parle mais que peu ont croisé au cours de leur destinée.

"Vous" avez fini par vous croiser, puis "vous" avez commencé à communiquer, à échanger, à partager tout ce que deux femmes esseulées peuvent avoir à partager, quand l'attirance est réciproque, que les sens sont en émoi et que les envies guident les premiers pas. Et très vite les choses se sont emballées, puisque de cette douce sensualité à la sexualité exacerbée au plus fort de vos échanges incontrôlés, conquises autant qu'éprises, est née une grande complicité, de celles qui permettent tous les excès, qui pardonnent toutes les folies, mais qui n'autorisent aucun compromis. "Vous" avez découvert que "vous" étiez presque voisines dans la vraie vie, séparées seulement de quelques lieues, "vous" étant déjà très certainement croisées sans le savoir, le grand monde est si petit. Elle t'a alors montré tous ses trésors cachés, bien que "tu" connaisses déjà son corps par cœur, son cœur par corps t'étant déjà acquis de toutes façons, tant "tu" as très vite appris à t'en servir, être à son écoute, combler ses moindres désirs et la faire vibrer de tes mots, comme autant de caresses et de baisers qui la laissaient pantelante.

Elle est très belle, comme une vestale aux seins lourds et généreux, gorgés de cette vie qui l'anime en permanence, son corps nu dévoilé à "ton" regard est une invitation et une ode à l'amour, et que dire de sa chatte exposée sans pudeur à "ta" bouche, délicieuse offrande que sa fleur d'amour aux pétales délicats et emperlés de sa rosée de femme, oiseau de paradis au merveilleux plumage, dont la seule vue annihile toute velléité de résistance, provoquant l'inexorable et impétueux désir de venir aussitôt poser "tes" lèvres sur les siennes et goûter enfin à son fruit défendu, ce fruit si délicat et fragile, offert à tous "tes" caprices. Mais cela n'est pas suffisant, puisqu'elle t'a fait part de son désir de "vous" voir, de passer enfin de l'autre côté de l'écran, une rencontre fortuite au hasard d'un chemin de promenade où elle te dirait simplement cette fois et sans que tu n'y comprennes rien "viens, je t'emmène, on va chez moi et on va s'aimer", sans autre forme de procès ou de ces convenances qui rendent les choses si compliquées alors qu'elles devraient être si simples, juste l'envie d'avoir envie et de se laisser guider.

Il me restera ensuite à te préparer à l'éventualité de cette rencontre et de ses conséquences, d'abord te la présenter, tout t'expliquer, puis te convaincre, et ensuite te la remontrer, mais cette fois avec les mêmes yeux que les miens, devenus pleinement les tiens, t'apprendre à l'aimer et à la désirer autant qu'elle t'aime et te désire, dans ce royaume des illusions et des désillusions, t'apprendre à te libérer de ce carcan qui t'emprisonne, t'ouvrir à la vie, la vraie, celle qui coule comme des rivières de miel, celle qui te rappelle à quel point tu es belle et désirable mais tu l'avais oublié, dans une amnésie forcée toute autant que subie, alors laisse-moi te rendre la mémoire.

J'ai hâte de cette rencontre autant que je la redoute, car si jamais elle se passe comme je l'espère, alors je te perdrai à tout jamais, emportant avec mes souvenirs et juste avant de disparaître ma seule consolation dans ce bas monde, celle de te savoir enfin heureuse, accomplie et comblée, et finalement c'est bien tout ce qui m'importe, puisque tout ça je n'aurai jamais pu te l'apporter.

Alors dans ce bar aux tentures pourpres, qui empourprent un peu plus mes joues de leur reflet dans les miroirs, je finis une dernière fois mon verre avant de me jeter à l'eau...
...Et dans ma tristesse animale de femme qu'on soûle et qui s'oublie, je te vois, toi, femme de mes vies, prisonnière de ma folie. Puis ton visage s'estompe et disparaît.

Pardon, mon ange...

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Centaurines sur l'île des Amazones



Bienvenue, ô naufragée, sur l'île des Amazones, et aborde notre rivage en toute sérénité. N'aie pas peur de t'être échouée sur notre grève, les filles de Neptune t'ont conduite jusqu'à nous après avoir entendu nos prières.

Sur cette île perdue au milieu des océans, hors du temps et des routes ultramarines, au sommet du piton de laquelle je veille, gardant au repos cette autre sentinelle et guettant jour et nuit, de l'aube au crépuscule, puis des vêpres alanguies à l'aurore assoupie, les voiles en détresse de merveilleux vaisseaux, bricks, frégates ou brigantines, se détachant sur les horizons lointains et azuréens, aux limites desquels le ciel se meurt dans la mer.

Tu es venue, portée par les alizés, ballotée par les vagues, croisant au grand large, affrontant ces océans parfois pacifiques qui laissent aussitôt leur place à des mers déchaînées aux effroyables tempêtes, furie des éléments qui ont marqué ton doux visage giflé par les embruns, ta peau de porcelaine hâlée par le soleil puis brûlée par le sel, cette peau pourtant si douce sous la pulpe de mes doigts, cette peau frémissante qui recouvre tout ton corps, bien mieux que ne le feraient les lèvres d'un millier d'amantes.

N'aie crainte, laisse-toi aller à mes caresses et ferme les yeux, bercée par tes rêves, je ne te veux aucun mal, juste veiller sur toi et te laisser reposer, te regarder dormir et recouvrer doucement tes forces, pour qu'à ton réveil je t'accompagne et guide tes pas de ma main pour te faire découvrir toutes les splendeurs et les beautés de notre territoire, terra incognita mais aux couleurs chatoyantes et aux senteurs subtiles des délicieux fruits mûrs que tu cueilleras de ta main pour étancher ta soif et assouvir ta faim, et bien plus encore, il ne tient qu'à toi de rester pour l'éternité, brûler ton navire pour ne plus repartir, tel un Cortès passé de l'autre côté du miroir et découvrant un nouveau monde.

Dors ma belle, et si pour l'heure tu me vois encore Centaurine, créature hybride qu'un docteur Moreau aurait abandonnée sur son île, encore perdue dans tes songes peuplés de chimères, dis-toi que très bientôt tu me verras différente, et que déjà tu vacilles, prête à laisser plutôt le rêve d'un Morel te recueillir au creux de ses bras, ce rêve au sein duquel tu as déjà toute ta place, jolie vagabonde des limbes...

Lovée au coeur de mes nuits chaudes et langoureuses, offrant à mes regards, exquise divinité, les courbes de ton corps dont je suis amoureuse, caressant de mes mains ta douce nudité, livre-toi en sommeil au gré de tes envies afin que ton réveil te découvre épanouie.

Vois l'aube poindre et l'aurore naissante venir t'arracher peu à peu aux rets qui te retiennent encore prisonnière de ton sommeil, l'astre du jour auréolé de brume est impatient de darder ses premiers rayons sur tes contours, rayons que je viens contrarier de ma main, jouant à épouser tes courbes, jeux d'ombres et de lumière, m'attardant sur tes seins, que je peux presque sentir frémir et palpiter sans toutefois encore pouvoir les toucher pour ne pas te brusquer, l'ombre de mes doigts roulant sur leurs pointes, mimant un agaçant ballet autour de tes tétons que je vois poindre sous ton chemisier, tandis  que tu reprends lentement contact avec la réalité.

Tes yeux se sont ouverts et je reste figée, ma main suspendue à quelques centimètres de ton visage, son ombre portée a cessé de te caresser, elle fait comme un imprimé zébré sur le tissu blanc immaculé qui t'enveloppe, trace incontestable du jeu auquel je me suis livrée sans ton consentement. Tu baisses ton regard et tu réalises alors pourquoi je me mords les lèvres à cet instant, toujours immobile et n'osant plus faire un geste, prise la main dans le ressac des vagues de ton drapé qui ondoie à chacune de tes inspirations. Cette fois tu me regardes fixement, devenant maîtresse du jeu, puis agrippant mon poignet, tu viens réduire à néant toute tentative de fuite de ma part, en plaquant ma main contre ton buste frémissant, et commences à te caresser en gémissant doucement, usant de moi comme j'ai pu abuser virtuellement de toi, changeant la règle du jeu à ton avantage, pour mon plus grand plaisir et mon divin bonheur, mon doux bonheur du jour.

Puis, de ton autre main, tu m'invites à venir me pencher sur toi, la passant dans mes cheveux, lui faisant exercer une douce pression sur ma nuque afin que je m'exécute, condamnée volontaire à subir ta sentence, je plaide coupable de mes envies de toi et j'y souscris pleinement, m'abandonnant à tes lèvres, laissant ta langue envahir ma bouche, m'enivrer de ton souffle, et me perdre dans tes moiteurs et tes senteurs, ma jolie naïade.
Je sens une douce torpeur s'emparer de mon être et anesthésier ma volonté de te résister, mais comment le pourrais-je, dès lors que ton doux poison a commencé à s'instiller en moi, et agit comme le puissant neurotoxique d'une créature des abysses ? Pétrifiée autant que médusée, je plonge mon regard dans le tien, ne rêvant plus que de t'appartenir, ne faire plus qu'une avec toi comme le corail et son récif, ma belle gorgone. Comme dans un merveilleux enchantement, tu fais disparaître nos habits rendus inutiles par la chaleur qui nous anime et nous voilà nues comme au premier jour, peau contre peau.

Je me noie dans ton baiser, nos langues entremêlées et nos lèvres soudées nous laissant juste assez de souffle pour laisser échapper quelques soupirs et quelques gémissements pour mieux goûter l'instant, et nous roulons sur le côté, toujours enlacées. C'est alors que tu commences à faire courir tes mains sur mon corps, et que je fais de même pour t'envelopper de mes caresses, laissant nos jambes s'entrecroiser, comme mues par un désir fou et incontrôlable, attirées l'une à l'autre, la moindre parcelle de nos deux corps mêlés réclamant toujours plus et avides de nous découvrir.

Tu viens alors glisser ta main entre mes cuisses, la plaquant contre ma vulve, avant que la mienne vienne recouvrir la tienne, puis comme si nous n'attendions que cet instant, nos mains à l'unisson de nos deux mottes entament un doux et savant massage, que viennent rapidement parfaire nos doigts inquisiteurs, arpentant nos doux sillons mouillés de nos envies, puis en écartant doucement les pans de nos labiales qui nous cachent les secrets de nos intimités, nous les y plongeons toutes les deux au même instant, impatientes de combler nos féminités.

Unies dans cette osmose de l'échange de nos fluides, comme lorsque la mer vient pénétrer insidieusement la coque d'un navire trop longtemps laissé à quai, nos têtes rejetées en arrière afin de mieux ressentir nos énergies vitales et sexuelles, bien mieux que dans une posture tantrique, les seuls mantras qui accompagnent les mouvements coordonnés de nos deux bassins et le balancement de nos seins, rythmant nos doux va et viens d'une mélopée lancinante, sont tes gémissements et les miens, et nos souffles qui s'accélèrent à mesure que monte la vague qui nous inondera toi et moi et nous emportera au bout de notre plaisir, telle un tsunami dévastateur.

Je la sens venir, du fond de nos profondeurs, tes parois et les miennes se resserrant autour de nos doigts, commençant à se contracter et se relâcher de plus en plus vite, de plus en plus fort, de plus en plus intensément, à la fois désireuses de nous garder prisonnières et de nous ouvrir totalement l'une à l'autre, écartelées entre nos deux envies contradictoires, en quête d'absolu, caprices de divinités. Puis dans un dernier râle de total abandon, un lâcher prise sans limites, hors du temps et de l'espace, là où plus rien n'existe, nous nous laissons enfin aller au plaisir jouisseur et sans retenue que nous sentons couler entre nos cuisses, merveilleux élixir de vie que nous nous partageons de nos bouches, léchant nos doigts entremêlés et luisants de nous deux entre nos baisers qui viennent combler ce doux moment, nous avalant l'une et l'autre dans cette communion de nos sens enfin révélés.

Reste, ne pars pas, pas cette fois...de ton vaisseau faisons un feu de joie, il se consumera bien plus vite que le feu qui brûle encore en moi. Regarde, ma douce, sa figure de proue se dresse vers les cieux dans un ultime adieu, avant de s'embraser.

© Les Contes Oniriques, 2018
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vendredi 9 février 2018

Dans l'espace, personne ne vous entend créer

Astres morts et lointains aux confins du cosmos, restes de poussières d'étoiles, flottant dans le vide intersidéral, solitudes glacées à des milliers de parsecs d'autres mondes, cimetières d'astronefs venus s'échouer au-delà de l'espace et du temps, frontières mouvantes tout au bord du Grand Rien...



© Also sprach Zarathustra (Richard Strauss)
© Les Contes Oniriques, 2018
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Aurore astrale

Danse nuptiale à zéro G, parade spatiale sans gravité, garde moi de ton apogée mais guide-moi vers ton périgée, pour qu'enfin je m'arrime à ton point G.
Hors de ton dôme vernaculaire, aux dimensions interstellaires, cosmogonies atrabilaires, prise dans tes rets tentaculaires, aimons-nous en extravéhiculaire, la tête dans les étoiles et nos sexes en apesanteur.
Enfile ton scaphandre, on sort ! 




© Gayane Ballet (Aram Khatchaturian)
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Pour qui sonne le glam

"Elle m'envoie des cartes postales de son asile
m'annonçant la nouvelle de son dernier combat
elle me dit que la nuit l'a rendue trop fragile
et qu'elle veut plus ramer pour d'autres Guernica
Et moi je lis ses lettres le soir dans la tempête
en buvant des cafés dans les stations-service
et je calcule en moi le poids de sa défaite
et je mesure le temps qui nous apoplexise
et je me dis stop
Mais je remonte mon col j'appuie sur le starter
et je vais voir ailleurs, encore plus loin ailleurs..."

(H.F. Thiéfaine)

Il est bientôt vingt heures mais je fais beaucoup moins jeune
Je piaffe et m'impatiente au fond des starting-blocks
Je m'arrête pour mater mes vautours qui déjeunent
et mes fleurs qui se tordent sous les électrochocs
Et je promène mon masque au fond de mes sacoches
avec le négatif de nos photos futures
Je mendie l'oxygène dans tout ce ciné moche
mais vends des compresseurs à des ladies-bromure

Je l'ai appelée...
Au bout du rouleau de la bouteille de scotch, mais je me suis souvenue que je n'aimais pas le whisky et il me le rend bien. Alors je l'ai appelée, la mine défaite, minée par mes défaites, meurtrie par mes meurtrissures, salie par mes salissures, brisée par mes brisures, crevée par ces crevures.
Elle m'a dit "passe vers 20h."
Je n'ai plus qu'à tuer le temps en faisant semblant de ne pas voir que c'est lui qui nous tue.

Il est bientôt vingt heures mais je fais beaucoup moins jeune.
Tant mieux. Elle me verra sans fard, sans charre, sans histoire.
Juste elle et moi, sans tout ce cinéma, ou alors celui d'Audiard, on ne se refait pas.
Et puis de toutes façons j'ai laissé mon rêve garé en double-file, alors quitte à me prendre un PV, j'aime autant être à l'Amande, même si je dois ensuite écoper d'une amende, et peu importe qu'elle soit salée du goût des larmes, j'aime trop celui suave et amer de mon doux extrait de cyanure aux grands yeux verts.

Il est bientôt vingt heures mais je fais beaucoup moins jeune.
Et si je n'y allais pas ? Le coup de la panne ? Moi qui suis déjà en panne des sens, une panne d'essence de plus ou de moins, quelle importance ? Mais elle m'attend, et elle est à dix pas, comme tout ce que je ne lui dis pas.
Tant pis. Et puis elle est ma seule amie. Tiens c'est vrai ça, la seule qui me reste ici, ici bas, tout en bas. Allez, courage, quelques marches et je suis déjà devant sa porte.

Il est bientôt vingt heures mais je fais beaucoup moins jeune.
Je sonne, elle vient m'ouvrir...envie de me jeter à son cou, de lâcher prise sous son emprise, je sais qu'elle est éprise, qu'elle était prise...marre de tous ces jeux de dupes. Elle est là, devant moi, moi la ci-devant... "Assieds-toi" me dit-elle, une fois dans sa véranda...mojito, téquila.
"Alors, qu'est-ce qui ne va pas ?"
Tout. Rien. Tout ou rien. Tout pour le tout, tout ça pour ça...l'envie subite de m'anéantir, d'en finir, un éclair, une seconde, et tout s'arrête, le calme après la tempête.

Il est déjà vingt heures et je fais encore moins jeune.
La merveilleuse et l'amère veilleuse...
Elle m'écoute vider mon sac, son regard plonge dans le mien...comme j'aimerais pouvoir me noyer dans le sien, plonger en elle...le sage n'a t'il pas dit que l'océan se noie dans une goutte de tendresse ? Alors imagine une vallée de larmes, une palanquée pour un palanquin, une apnée au fond de ses abîmes, ses abysses, ses délices.

Il est...quelle heure est-il déjà ? Vingt-et-une heures, tu crois ? Déjà !!!
"Allez ma puce, finis ton verre, on va faire un tour, balade sur le port, mais pas dans cet état."
Ah mince, dis, tu crois qu'elle a remarqué ?
"Je te laisse dix minutes pour te refaire une beauté, te préparer, tu sais où est la salle de bains."
Enfilade du couloir...la porte qui s'ouvre...et elle me laisse seule face au miroir...miroir aux alouettes.
J'aime bien sa douche...grande, à l'italienne, avec ses carreaux couleur chocolat que traverse une ligne de verre translucide aux reflets vert d'eau, et la grande pomme qui surplombe la cabine. Je m'adosse un instant à la paroi glacée en fermant les yeux comme si je voulais me fondre dans son décor, ne plus penser à rien...disparaître.

"Il est l'heure d'y aller, ma puce, tu es prête ?", vient-elle de dire après avoir ouvert la porte, puis elle ajoute, en me voyant ainsi : "Tu veux prendre une douche maintenant ?" dit-elle, interdite, ô combien. Pour toute réponse, j'ouvre le robinet en grand et la pluie se met à tomber en cascade, mouillant instantanément mes cheveux et mes vêtements, coulant le long de mes joues, ses gouttelettes se mélangeant aux miennes...
Elle s'est précipitée.
Je la sens tout contre moi, cherchant à endiguer le flot de ses mains fébriles en tentant de limiter les dégâts. Mais il est déjà trop tard, et puis je me suis déjà jetée à l'eau et elle aussi. Je l'enlace aussi intensément que je peux et viens coller ma bouche à la sienne, coupant de mes élans le sien.
Elle s'est arrêtée un instant, puis ses mains ont abandonné les robinets chromés, ne sachant plus quoi faire pour se libérer de mon étreinte. Elle les a posées sur mes hanches, comme dans la chanson, prête à me repousser, puis s'est ravisée, les faisant doucement glisser sur le côté, de son plein gré, m'a regardée, se laissant embrasser et enlacer sans jamais se lasser.
Je l'aime de tout mon être à cet instant de douce félicité et elle le sait, elle le sent. Elle est mon Pygmalion et moi sa Galathée, ma douce, ma tendre, mon adorée...

Le temps s'est arrêté et je fais beaucoup moins morte.
On s'est aimées.
Je la revois, je nous revois, laissant courir nos doigts sur nos deux peaux mouillées, agiles autant que fragiles, s'évertuant à trouver les secrets de nos carcans détrempés puis finir par les ôter, les jeter... Nues et trempées, on s'est enfin retrouvées, ruisselantes de nos désirs fous trop longtemps refoulés, assoiffées de nos envies trop longtemps masquées. Alors simplement on a fini par s'aimer, comme une évidence, nos mains courant et coulant tout le long de nos corps à la recherche de tout ce temps perdu, le disputant au filet d'eau, s'insinuant entre nos courbes et nos intimités, se jouant de nos méandres, de nos sillons, de nos vallées, tandis que nos langues entremêlées nous emportaient dans le tourbillon d'une sarabande effrénée, promises à des prémices de toutes autres promesses d'autres félicités.
Et puis elle a fini par interrompre le flot, s'emparant de deux serviettes qui n'attendaient plus que nous. On s'est séchées, un peu, juste ce qu'il faut, nous couvrant mutuellement, nous enveloppant beaucoup plus sûrement de tendresse féminine que de tissu-éponge, et puis elle a pris ma main et m'a emmenée dans sa chambre aux tons violine et au doux parfum de lavande, où son lit à baldaquin aux tentures de pourpre trônait en son centre, merveilleux autel qui nous tendait ses draps.
On s'est aimées.

Il est bientôt l'aurore de l'aube d'un jour nouveau et je suis encore en vie.


© Les contes oniriques, 2017
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Flashbacks



Nous avons vécu, nous nous sommes aimées, nous avons ri, nous avons pleuré,
Notre amour ne devait jamais avoir de fin,
Le ciel pouvait bien attendre, nous avions l'éternité pour nous.

Et aujourd'hui, seule dans ce club, je repense à toi.

Je ferme les yeux et j'imagine que tu es à nouveau contre moi.
Je sens tes mains sur mes hanches, ton souffle sur ma nuque,
Je nous revois, valsant jusqu'au bout de la nuit, nos corps serrés et enlacés, sans jamais se lasser, si enivrées de brumes et de vapeurs sous la lumière des projecteurs, au son de ce slow syncopé aux pas chaloupés, dansant comme deux frêles esquifs au milieu du dance floor sur une mer en furie de nos désirs furieux de nos deux corps, instants chavirés de l'amour prêt à nous engloutir toutes les deux, happées par son tourbillon qui allait bientôt nous entrainer vers ses abîmes et sa fosse des Mariannes, puisque de nos deux amandes nous nous apprêterions à faire Philippine.

Je ferme encore les yeux et je sens ton parfum, ton odeur, ta présence.
Je me souviens de mes mains se perdant dans tes cheveux, caressant doucement ta peau.
Ton regard, tes yeux, légèrement voilés par les boîtes à fumée, brillants sous les spotlights
 Le goût de tes lèvres ourlées que j'effleurais, ta bouche sublime et délicate, et ses rangées de perles nacrées, sur lesquelles je promenais un instant ma langue, avant qu'elle ne rencontre la tienne, et puis...
Et puis nos doux baisers, seules au monde au milieu des danseurs, naufragées volontaires, emportées jusqu'à ce merveilleux voyage au bout de la nuit quand nous avions fait la fermeture du club.

Je ferme plus intensément les yeux et je nous revois, toi me prenant la main jusqu'à ton appartement, et l'ascenseur qui nous emmenait à ton étage, le 7ème je crois, promesse et prémices, le long couloir que nous avions mis une éternité à traverser, tiraillées entre le moment de profiter de chaque instant fugace de ce bonheur qui nous tendait les bras et le moment où nos corps libérés de nos carapaces allaient enfin communier, l'envie le disputant au plaisir de se retenir encore et encore, pour ne pas rompre la magie de ces instants.
Ta clef ayant du mal à trouver la serrure de ta porte, tant nos gestes désordonnées d'envie de tendresse et d'amour fou embrouillaient nos sens.
Ton salon où nous avions jeté nos vêtements, impatientes de nous découvrir enfin, faisant glisser nos dentelles, puis ton sofa sur lequel nous nous étions ruées, avides de nos caresses et de nos soupirs trop longtemps contenus.
Cette première nuit, qui nous a trouvées, révélées, comblées au-delà de nos espérances, et puis ces jours et ces nuits qui ont suivi, avec chaque fois la passion et le désir qui rythmaient nos vies, nos vices et nos envies.
Un amour infini...

My eyes are wide shut now et je repense à ce titre d'Abba...
"But tell me does she kiss like i used to kiss you ?
Does it feel the same, when she calls your name ?
The winner takes it all, the looser has to fall..."
Le même club, notre dernière danse, les mêmes fumées, les mêmes spotlights, mais plus les mêmes regards. Les absentes ont toujours tort mais aujourd'hui c'est ton absence qui me cause du tort.
We lived, we loved, we laughed, we cried...ces mots dansent dans ma tête
You say your lover buys you lace
Je t'imagine entre ses bras, vos soupirs, tes dentelles, mon ciel s'est écroulé, mon monde a vécu ce que vivent les fleurs, et c'est une autre qui vient butiner la tienne.
I only want, I want to wish you well
Je vais bien, te savoir heureuse enlève un peu de ma peine...adieu belle âme, adieu amour...
Nothing else for me but hell, hidden in my shell

J'ouvre enfin les yeux et le songe s'estompe...le club est vide...vide de toi...suis-je encore seulement là ?
Adieu mon doux rêve...de ton amande, mon doux extrait de cyanure au goût suave et amer, il ne me reste désormais plus que quelques morceaux acérés de coquille vide, comme ces éclats de mitraille fauchant les soldats en lacérant leurs chairs avant de venir se planter dans leurs cœurs. Le mien est mort et ne se relèvera plus, tout comme eux, tout comme mon vaillant petit soldat montant la garde du haut de mes remparts de chair, qui ne subira plus jamais tes assauts, alors il restera encapuchonné dans son linceul.

© Mr. Blue (Michael Francks)
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jeudi 26 mai 2016

Black Swan


Il était une fois un vilain petit canard...on connaît la suite.

Chaque fois qu'il regardait en direction du grand lac où s'ébattaient les cygnes, magnifiques et sublimes de grâce et de beauté, il se recroquevillait sur sa tristesse de ne pas pouvoir être des leurs et les rejoindre.

En grandissant, il mesurait le fossé qui le séparait de ces oiseaux au plumage immaculé, et il portait en lui tout le poids de l'injustice de ce monde qui l'avait vu naître avec cette différence, cachant sa douleur derrière le masque qu'il s'était forgé au fil du temps.

Parfois il essayait de les imiter, de loin, dansant seul sur les notes de la musique céleste qui lui parvenaient du grand lac, comme s'il pouvait tout à coup entrer en communion avec ces êtres, faire partie intégrante de leur monde, mais la réalité le rappelait sans cesse à sa condition.

C'est alors qu'un jour, tandis qu'il se prenait à rêver une fois de plus, dansant sur sa rive comme un clown triste, deux cygnes le remarquèrent.

L'un d'eux vint à sa rencontre, le prit dans ses bras, ce qui eût pour effet de faire tomber son masque, puis le second fit de même, et c'est alors que le miracle se produisit : son plumage était devenu de la même blancheur virginale que ces douces créatures.

Elles le prirent ensuite sous leurs ailes et l'emmenèrent danser sur le lac...il était devenu enfin l'une d'elles et désormais l'harmonie règnerait dans son cœur et dans son être. Siegfried pouvait attendre.

© Les Contes Oniriques, 2016
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vendredi 13 mai 2016

Ghost



J'aime voir tes mains longues et agiles façonner cette masse oblongue d'argile, quand je me glisse derrière toi et t'enserre de mes bras, en te murmurant "je t'aime" au creux de ton oreille et en t'embrassant, te distrayant de ton ouvrage le temps de quelques tours de ton tour de potier. Tes lèvres quittent ensuite les miennes et tu retournes à ton travail, plongeant ton bras au creux du vase qui s'évase et s'ouvre quand tu en effleures les parois, alors que je me prends à imaginer tes doigts faire de même en moi à cet instant,

Puis mes doigts rejoignent les tiens, et s'entremêlent en glissant les uns contre les autres et tu guides mes gestes, montant et descendant le long de l'olisbos de glaise qui prend forme peu à peu sous nos caresses mutuelles, émergeant de sa gangue de terre, tout comme nos deux boutons d'amour émergent de leur gangue de chair lorsque nos doigts les effleurent, rendus luisants et humides par nos deux eaux de vie mélangées quand ils plongent dans nos bassinets.



A califourchon sur ton tabouret, ma magicienne qui m'hypnotise de ton tour, tour à tour créatrice et actrice, tu finis par te retourner, envoyant tout valser, et tu m'acalifourchonnes de tes jambes enserrant ma taille, et tes bras se referment autour de ma nuque, tandis que je te maintiens toute serrée contre moi et que nos lèvres se soudent pour un de ces baisers qu'on ne voit qu'au cinéma.
Alors fais-moi encore ton cinéma et que la ronde de nos langues entrelacées mais jamais lassées n'en finisse pas, et laissons l'obélisque dressé tourner dans le vide, il finira bien par s'affaisser



© Les Contes Oniriques, 2016
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samedi 7 mai 2016

Rocambole connection (comic strip)

 
 
 









 



 
 

 


 



 








 


 










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